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Interview de Simone de Bollardière par Elsa Joyeux-Bouillon – 18/09/2007
NVXXI : Comment êtes-vous venue à la non-violence ?Ce sont les horreurs de la guerre qui m'ont amené vers la non-violence. Il y avait eu la boucherie de 14-18. En 1943, j'ai vécu à Nantes les deux bombardements des 16 et 23 septembre. Près de 2000 nantais y ont perdu la vie. Notre maison a été démolie, les 35 voyageurs du tramway réfugiés dans notre porche sont morts, et 3 habitants de notre immeuble, dont notre employée bretonne, qui nous avait élevés, et sa nièce de 20 ans venue lui rendre visite. La violence de la guerre montrait son injustice. Seuls les civils sont morts ou ont été blessés. Sur la place royale, le seul bâtiment resté debout était celui réquisitionné par la Kriegsmarine ! Après mon mariage, j'ai fait deux séjours en Indochine. J'ai vu la colonisation. J'ai admiré la dignité des vietnamiens et leur intelligence. Le général Leclerc voulait les conduire à l'indépendance. Ho Chi Minh était en France pour discuter. Le gouvernement n'a pas suivi cette démarche et la guerre a commencé, avec ses horreurs et ses cruautés. Mon mari se posait des questions. Il avait été dans le maquis des Ardennes en 1944 et avait été traité de "terroriste" par Vichy et le allemands. En Algérie, l'horreur était totale. Il ne faut pas oublier que pour inciter les algériens à s'engager dans l'armée française, le gouvernement français leur avait promis l'indépendance. Ce sont eux qui se sont battus à Montecassino, ont débarqué à Toulon, etc. Cette promesse n'a pas été tenue et le 8 mai 1945 il y a eu une révolte à Sétif et Guelma. Des français ont été tués. Les représailles ont été terribles : 3 ou 4000 morts, on ne sait pas … Alors je me suis tournée vers Martin Luther King. Et quand mon mari a refusé d'obéir aux ordres de ses chefs en 1957 pour la bataille d'Alger, il cherchait lui aussi une solution. Nous avons eu la chance de rencontrer Jean-Marie Muller à Lorient. Tous les deux se sont trouvés, comme deux frères longtemps séparés. Jean-Marie disait : "c'est à cause de votre attitude en Algérie que j'ai renvoyé mes papiers militaires". Et mon mari répondait : "vous avez les mots de ce que je ressens profondément". Ils se sont beaucoup vus, ils sont travaillé ensemble, et ont fondés le Mouvement pour une Alternative Non-violente. Et puis mon mari et moi avons participé à la protestation contre les essais nucléaires, au soutien à la lutte du Larzac, qui était réellement une lutte non-violente ; on était aussi aux côtés des insoumis et des objecteurs de conscience, et j'ai d'ailleurs participé à plusieurs procès. NVXXI : Est-il encore utile aujourd'hui de dire "non" comme l'a fait votre mari ? Est-ce que la désobéissance est toujours d'actualité ? Il est aussi très utile de dire "non" en temps de paix ! C'est ce que font aujourd'hui, par exemple, le Réseau Education Sans Frontière ou les Faucheurs d'OGM. Nous avons le choix entre être des administrés passifs ou bien des citoyens actifs, qui agissent contre les lois injustes. C'est par exemple ce qu'a fait cette femme qui a été jugée récemment pour "incitation à la rébellion", quand elle a protesté sur son vol vers l'Afrique contre une expulsion très violente de deux maliens. Elle s'est révoltée, elle a dit "non", seule. C'est bien toujours de pleine actualité. J'aime cette phrase, mais je ne sais pas de qui elle est : "Tout ce qu'il faut pour que le mal triomphe, c'est que les braves gens ne fassent rien" (NDLR : il s'agit d'une citation d'Edmund Burke). Et c'est comme ça que les choses arrivent ! Aujourd'hui encore il faut rester attentif à ce qui se passe dans notre société. NVXXI : Qu'attendez-vous, aujourd'hui, des organisations non-violentes ? J'attend qu'elles aient le plus de résonance possible ! On entend toujours les malheurs dans les média, il faudrait qu'on parle aussi de la non-violence ! Quand j'étais jeune, il y avait un ministère de la guerre, il faudrait un ministère de la résolution non-violente des conflits. Parce que les gens ne savent pas. On est encore dans le réflexe de répondre à la violence ou la provocation par la violence, on a un fonctionnement préhominien, alors qu'il faut se défendre d'une autre façon. Comme on apprend à faire la guerre, on peut aussi apprendre la non-violence. Les organisations non-violentes s'évertuent à faire connaître la non-violence et les alternatives qui existent. Et il faut le faire d'abord pour les tout petits, dans les écoles. Il y a d'ailleurs beaucoup d'initiatives en ce sens un peu partout. C'est le travail de Non-violence XXI de les rassembler et de les faire connaître ! Je suis arrière-grand-mère, et je me demande quelle Terre on laisse à nos enfants et nos petits-enfants. La non-violence peut aider à ce qu'on leur laisse un monde plus vivable ! L'intelligence humaine est très grande, mais il faut qu'elle serve à la vie, et non pas à la mort (bombes à fragmentation par exemple !!!) … |
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